La laïcité

LES ATTEINTES À LA LAICITE

Sa définition : la séparation des Églises et de l’État et la neutralité de l’État. Ce principe est indissociable du triptyque républicain : liberté, égalité, fraternité. Il établit la liberté absolue de conscience, comme la liberté des cultes. Tous les citoyens sont considérés également et les athées, les agnostiques, les sans religion sont traités à l’égal de ceux qui ont une religion. C’est un principe de fraternité qui demande aux citoyens de respecter l’autre, avec ses croyances et opinions. Ce principe se fonde sur la conception humaniste de l’être humain : celle d’un être doué de raison et capable de construire par lui-même sa morale et ses lois. Elle continue d’œuvrer pour nos libertés en libérant le politique qui peut voter des lois qui parfois vont à l’encontre de préceptes religieux.

Les atteintes et attaques contre la laïcité sont nombreuses : une idéologie totalitaire basée sur l’islam qui menace l’humanité et les militants laïques, le communautarisme, la volonté d’installer une société multiculturaliste qui ne glorifie que les différences, la volonté de financer à nouveau les cultes, une expression xénophobe et raciste à l’encontre des musulmans, le désir de dirigeants des cultes de revenir dans le champ politique, la contestation de l’égalité femmes-hommes ou de minorités sexuelles et enfin l’ignorance de ce qu’est la laïcité qui se traduit par des accusations fausses.

À l’hôpital, les patients ont la possibilité de bénéficier d’un accompagnement par un aumônier. Les personnels des hôpitaux publics sont astreints à une stricte neutralité, mais pas le public. Tous les problèmes rencontrés à l’hôpital ont à voir soit avec la laïcité soit uniquement avec les règles de fonctionnement qui ne sont pas respectées. Dans tous les cas, la solution consiste dans une bonne qualité de réflexion en amont sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Deux impératifs pour le succès : une bonne formation des personnels et le soutien sans faille de la hiérarchie.  

     Martine Cerf – SOFI 3 décembre 2016

Je trouve hors de propos le débat qui voudrait opposer la raison à la croyance. Ces deux principes sont dans un domaine séparé, avec une différence signifiante : le premier est commun, dans sa forme, à l’ensemble de l’espèce humaine.

Le second fait d’une mosaïque, d’une myriade de comportements et d’imaginaires, qui disent la singularité des êtres humains et aussi leur génie inventif. Le souci, je le ressens clairement, se manifeste quand la croyance est collective. Elle peut se transformer alors en pouvoir incontrôlable et peut être instrumentalisée voire mortifère. Je pense en écrivant ces mots aux nombreuses sectes qui fleurissent, chez nous parfois, comme le Temple Solaire, dont on se souvient des massacres. Mais les grandes – au sens du nombre – religions institutionnalisées n’ont pas échappé à ce qu’elles nomment “dérives“ qui, disent-elles, ne doivent pas être une négation de leur fond spiritualiste. Je ne m’engage pas dans la polémique, à mon avis stérile, qui concerne, c’est vrai, plus la forme que le fond de la croyance. Mais je pose tout de même la question : dans cette aporie où est le religieux, l’idée laïque ne peut-elle être un lien ? Pas seulement un lien social, mais aussi un lien spirituel ? On voit bien que dans les difficultés les “Grandes Religions“ se réfèrent à une spiritualité, qui serait leur patrimoine commun. Pourquoi n’accepteraient-elles pas d’étendre ce domaine à la non-croyance, à l’agnosticisme, à la reconnaissance d’une spiritualité humaine, tout simplement ?

Ceci dit il ne faut avoir aucun espoir dans une évolution rapide de leur posture. Elles défendent un pré carré, voire un fond de commerce millénaire, qu’elles n’ont jamais abandonné sans combat. De nos jours un contresens volontaire est fréquemment avancé. Il oppose spiritualité et matérialisme, deux termes qui seraient incompatibles, et conduit à un jugement de valeur : la spiritualité est censée élever vers une transcendance, le matérialisme abaisse vers les plus bas instincts et ne se complait que dans le consumérisme.

Il est vrai que ce jugement est conforté par les comportements liés à l’enrichissement et la valeur symbolique de l’argent. Il m’est arrivé de le dénoncer, en faisant appel à la parabole biblique du veau d’or. Ce qui m’a fait préciser que la laïcité ne peut se résumer à la loi de 1905, qui est une grande loi de sécularisation, mais n’est que l’aboutissement d’un processus qui a permit l’émergence des démocraties.

Le sens de la réflexion que j’entame ici peut échapper si on n’essaie pas de préciser l’origine de l’idée laïque et son fondement : la recherche d’une émancipation de tous les êtres humains. Cette démarche, qui dans le monde moderne nait dans la Renaissance Européenne, est transgressive. Elle met en échec aux 17 et 18ème siècle les contraintes qu’exercent, sur les hommes et les femmes, les pouvoirs institutionnalisés, politique ou religieux. L’Homme moderne nait de cette révolte. Enfin, il ne va plus être sujet du Roi ou construit à l’image de Dieu, mais il va acquérir une indépendance et un droit : celui de dire non. Cette individualisation de l’être humain, dont on ne mesure toujours pas la dimension, quand on ne cherche pas à la nier, n’est, à l’évidence, toujours pas aboutie.

 

Elle reste dans le domaine du combat, alors que se sont manifestées d’autres formes de contraintes politiques, économiques, religieuses, médiatiques, qu’il serait trop long d’analyser ici. Une conséquence de cette évolution, sans être trop schématique, se trouve dans la dérive de comportements qui, loin de se traduire dans l’émancipation, la recherche d’une autonomisation, d’une individualisation de la pensée, tendent à se réfugier dans la quête d’un « guide ». On a eu un exemple douloureux de cette dérive avec le nazisme. On sait l’influence des dictateurs profanes, la manière dont certains se réfèrent, de manière exclusive, à la notion d’ordre, de sécurité qui suffiraient à assurer le bonheur. D’autres iront chercher dans une secte une solution à leurs angoisses, qu’ils ne trouvent pas dans les structures communes et laïques de la société : l’école, l’emploi, la protection sociale. Certains diront que Dieu est mort et que l’on n’a pas su le remplacer ou que l’on a supprimé au peuple l’opium, en le laissant démuni avec ses douleurs et ses questions.

À l’individualisation a succédé une singularisation des individus qui les isole, comme le dit Pierre Rosanvalon. La notion même de solidarité, collective, au niveau de l’état, régionale, dans la cité, familiale, du fait de l’évolution du monde moderne, s’est complètement dissoute. Elle peut, pour les plus libéraux, ce joli mot dévoyé, être assimilée à de l’assistanat. Nous savons pourtant les solutions qui se trouvent dans le constat. Humaniser un monde qui ne l’est plus, ou ne l’a jamais été, un monde où chacun pourrait trouver sa part, dans un choix libre. Trouver dans la laïcité cet « état idéal d’une société fraternelle où peuvent vivre librement, s’exprimer et s’épanouir dans l’égalité des chances toutes les différences humaines.»

Guy Arcizet Octobre 2015

"Certains hommes croient en un dieu. D'autres en plusieurs. D'autres se tiennent pour agnostiques et refusent de se prononcer. D'autres enfin sont athées. Tous ont à vivre ensemble. Et cette vie commune, depuis la première Déclaration des droits de l'homme, doit assurer à tous à la fois la liberté de conscience et l'égalité de droits."

Henri Pena-Ruiz / Qu'est-ce que la laïcité ?


"La laïcité est une valeur essentielle, avec ce souci de la liberté de conscience et de l'égalité de tous les hommes, qu'ils soient croyants, athées ou agnostiques. L'idéal laïc n'est pas un idéal négatif de ressentiment contre la religion. C'est le plus grand contresens que l'on puisse faire sur la laïcité que d'y voir une sorte d'hostilité de principe à la religion. Mais c'est un idéal positif d'affirmation de la liberté de conscience, de l'égalité des croyants et des athées et de l'idée que la loi républicaine doit viser le bien commun et non pas l'intérêt particulier. C'est ce qu'on appelle le principe de neutralité de la sphère publique."
Henri Pena-Ruiz